HA GIANG LOOP : Running up that hills, running up that mountains

Introduction

Au cœur des montagnes de l’extrême nord du Vietnam se niche la province de Ha Giang, à environ 300 kilomètres de la capitale du pays, Hanoï. Plus qu’une simple ville, Ha Giang apparaît comme la porte d’entrée d’un vaste réseau d’expéditions vers une région encore brute, presque indomptée. Ici, les paysages karstiques spectaculaires sculptent l’horizon, les rizières épousent les flancs des montagnes, et la richesse ethnique donne au territoire une âme particulière.

Ces dernières années, Ha Giang s’est surtout fait connaître des voyageurs pour sa fameuse “Ha Giang Loop” : une boucle motorisée de 300 à 350 kilomètres, à parcourir en scooter ou à moto. Un itinéraire qui serpente à travers des cols vertigineux, plonge dans des vallées profondes, et s’égare dans des villages reculés. Une aventure qui promet, à chaque virage, une immersion totale au cœur du nord vietnamien.

Mon voyage au coeur de la province de Ha Giang

Après quelques jours passés à sillonner les grandes villes de Singapour puis de Hanoï, il était temps pour moi de repartir à l’aventure. Cette fois, cap sur l’extrême nord du Vietnam, au cœur des montagnes, pour réaliser la fameuse Ha Giang Loop. Ne souhaitant pas vivre cette expérience seul, je me suis lancé dans l’aventure avec deux de mes “roommates”. Ensemble, nous avons réservé un package complet directement auprès de notre auberge de jeunesse, avec la compagnie Cheers, pour 199 USD par personne.

Ce package incluait tout ce qu’il fallait pour partir l’esprit léger : les trajets aller-retour en sleeper bus depuis Hanoï jusqu’à Ha Giang, un chauffeur pour la boucle, les hébergements ainsi que les repas sur trois jours. Le départ s’est fait à midi depuis notre auberge, à bord d’un sleeper bus en direction de la ville de Ha Giang, située à environ sept à huit heures de route de la capitale. Le trajet n’a pas été des plus confortables, malgré les fameux lits, mais l’excitation de l’aventure à venir faisait vite oublier l’inconfort.

Nous sommes arrivés en soirée à notre auberge, The Cozy Hostel by Cheers, située aux abords de la ville de Ha Giang. Et là, bonne surprise. L’auberge, qui ne paie pas de mine de l’extérieur et donne directement sur une grande route principale, s’est révélée être particulièrement confortable. Les chambres étaient spacieuses et propres, les lits agréables, et les salles de bain communes modernes et impeccables. Rien de mieux pour passer une bonne nuit avant d’enjamber nos scooters pour trois jours de road trip.

Le lendemain matin, après une nuit réparatrice et un petit déjeuner bien mérité, place au briefing. Notre petit groupe de six personnes s’est réuni autour d’un grand tableau sur lequel on nous a présenté l’itinéraire et les différentes étapes qui nous attendaient au cours de ces trois jours. Puis, chacun a chargé son sac à dos sur son scooter, enfilé son casque, ses genouillères et ses coudières. Le moteur démarre, les premiers tours de roue s’enchaînent. C’est parti pour trois jours de road trip sur les routes sinueuses de la province de Ha Giang.

Malheureusement, pour ce premier jour de road trip, la météo n’était pas vraiment de notre côté. Bien qu’il ne pleuve pas, l’air était froid et très humide, le ciel brumeux, et les paysages restaient dissimulés derrière un épais voile de nuages. Malgré tout, nous savions que les conditions finiraient par s’améliorer. Nous avons donc choisi de nous laisser porter par cette atmosphère un peu mystique, presque hors du temps, en nous disant qu’elle ajoutait du caractère à l’aventure.

Au fil de la journée, à mesure que nous gagnions en altitude, le ciel s’est peu à peu dégagé. Les panoramas sont alors apparus, comme révélés : vallées profondes, villages isolés, routes suspendues à flanc de montagne… puis, en fin de journée, les reliefs marquant la frontière avec la Chine se sont dessinés à l’horizon. Je dois avouer que j’aurais adoré pouvoir la traverser, ne serait-ce que pour entrevoir ce pays que j’aimerais tant découvrir un jour. Malheureusement, le passage de la frontière ne faisait pas partie de notre itinéraire ce jour-là.

Pour cette première soirée, nous nous sommes arrêtés dans le petit village de Dong Van, dans une auberge pleine de charme. Les dortoirs, empreints de caractère, m’ont presque rappelé certains vieux chalets suisses. Portés par l’énergie du groupe et après quelques bières, mes roommates et moi avons décidé d’aller voir le seul “club” du village. Nouvelle surprise : une salle digne de certains clubs européens, avec des panneaux LED et des lumières jaillissant de partout, s’animant au rythme de la musique électro mixée par deux DJs… mais le club était totalement vide. Vraiment vide. Juste nous. On a fini par en rire, puis par rentrer à l’auberge. De toute façon, il ne restait pas beaucoup d’alternatives, et une nouvelle grosse journée de route nous attendait dès le lendemain.

Après une courte nuit, merci les copains de m’avoir fait boire un peu plus que je n’aurais dû, nous avons rapidement repris la route sur nos scooters. Cette journée s’annonçait comme la plus longue du road trip ; pour nos chauffeurs, il n’était donc pas question de traîner.

Après une trentaine de minutes à peine, nous avons marqué notre premier arrêt, et pas des moindres. Nos chauffeurs nous proposent de poursuivre à pied, pour environ deux kilomètres de “randonnée”. Mauvais timing pour moi : entre les bières de la veille et, peut-être, le rhume qui commençait doucement à s’installer, je ne me sentais vraiment pas en forme. Fatigue, jambes lourdes, nez qui coule, lumière du soleil difficile à supporter… le combo parfait.

J’ai quand même essayé de prendre sur moi et de monter un peu. Mais en arrivant près du sommet, et en découvrant la foule de touristes en baskets lisses, parfois même en Converse, tenter de grimper les derniers rochers abrupts pour capturer la photo Instagram au bord de la falaise, l’envie m’a quitté. Trop de monde, trop d’agitation, trop dangereux. J’ai donc préféré redescendre tranquillement vers les scooters, savourer un petit thé et un Snickers, et attendre les copains, au calme.

Une fois les copains de retour, nous avons rapidement repris la route vers notre deuxième spot de la journée. Après une trentaine de minutes à serpenter entre les pics de grès, à monter et descendre en altitude pour se faufiler entre les montagnes, nous sommes arrivés à notre deuxième arrêt, au bord d’un fleuve où nous attendaient une dizaine de “barques” en bambou. Ni une ni deux, nous nous sommes empressés d’enfiler nos maillots de bain et de prendre place à bord, en direction d’une grotte. Notre chauffeur a tenté de nous rassurer en nous disant que l’eau était chaude et que nous pourrions nous baigner… mais je vous assure, il n’y a pas eu grand monde pour oser s’y jeter.

Néanmoins, la grotte fut magnifique, presque irréelle, et nous avons même eu le temps d’escalader une paroi rocheuse à l’intérieur. Un moment suspendu, hors du temps, et un vrai instant de partage avec notre petit groupe. Après une bonne baignade en eau froide au beau milieu d’une grotte, et plusieurs heures à sillonner des paysages à couper le souffle, nous arrivons à notre homestay pour cette troisième et dernière nuit. Et je dois dire que ni moi ni les copains ne nous attendions à cela.

Notre homestay était tout bonnement incroyable. Et pour couronner le tout, nous avons été accueillis par les enfants de la famille, qui n’ont pas perdu une seconde avant de nous embarquer dans leur petit match de foot. Et comme tout backpacker, il n’y a rien de plus simple, de plus vrai, que de partager ces moments intimes avec des enfants. Ils étaient tous si heureux de passer du temps avec nous, et ne voulaient plus s’arrêter. Après le foot, le badminton ; après le badminton, le billard ; et après un bon moment autour du brasero et un repas généreux, rien de mieux qu’une initiation à une danse traditionnelle.

À ce moment-là, je me sentais profondément heureux, complètement déconnecté du reste du monde. Plus rien ne comptait, si ce n’est profiter de chacun de ces instants présents. Ce road trip au cœur de la province de Ha Giang m’a véritablement plongé dans un état de méditation, de reconnexion profonde. Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas senti aussi vivant, aussi aligné avec le monde réel.

Mais l’aventure n’est pas encore terminée, et une longue journée nous attend le lendemain. Alors, après ce moment suspendu à danser et à sauter entre les bambous, il était temps d’aller se reposer.

Pour ce troisième et dernier jour de road trip, nous partons assez tôt pour rejoindre une petite chute d’eau bien connue de la région. Nous avons eu une bonne heure pour marcher autour de la rivière ou, pour les plus courageux, se baigner et sauter depuis la falaise, au beau milieu de dizaines de touristes. Après cela, nous reprenons la route pour quatre bonnes heures avant de retrouver notre auberge de départ, puis, finalement, notre bus retour en direction de Hanoï. Et je dois dire que ces dernières heures étaient magiques. Les paysages, toujours plus beaux, avaient pourtant une teinte mélancolique. Derrière mon easy driver, je tentais de profiter pleinement de ces derniers instants isolés du monde, ces moments de déconnexion totale où l’on se sent profondément connecté à son environnement. Mais je savais aussi que tout cela touchait à sa fin, et cette idée me rendait vraiment triste.

Ha Giang City - End of the loop

Je crois que je me souviendrai de cette aventure pendant très longtemps. Ce fut, de loin, la plus belle expérience de tout mon voyage. Un moment hors du temps, où j’ai réussi à me reconnecter au monde, mais surtout à être, simplement. Je me souviendrai de toutes ces belles personnes qui ont généreusement accepté de nous accueillir chez elles et de nous nourrir, de ces enfants qui s’illuminaient au bord de la route à chaque fois que nous leur adressions un simple geste de la main, et de ceux avec qui nous avons partagé des moments plus intimes lors de nos nombreux arrêts.

Ce fut l’une des plus belles expériences que j’aie vécues, et je compte bien revenir un jour pour la revivre - même si je sais qu’une expérience ne se vit jamais deux fois de la même manière.

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SA PA : Entre brume et rizières