Sumatra - Gunung Leuser National park : a la rencontre des derniers orang-outans d’indonesie

Le parc national de Gunung Leuser se situe au nord de l’île de Sumatra, à environ 100 kilomètres et quatre heures de route de la capitale, Medan. Il s’étend entre les provinces d’Aceh et de Sumatra du Nord et tire son nom du mont Leuser, qui culmine à 3 886 mètres d’altitude. Cette région abrite l’une des dernières forêts primaires d’Indonésie, un sanctuaire encore vivant où cohabitent de nombreuses espèces de singes, dont le mythique orang-outan.

Si nous avons choisi de venir à Sumatra, c’est avant tout pour cette raison : partir à la rencontre des derniers orang-outans d’Asie. Une espèce fascinante, mais aujourd’hui gravement menacée d’extinction, principalement à cause de la déforestation. L’Indonésie est en effet l’un des plus grands producteurs mondiaux d’huile de palme, une huile bon marché dont la culture détruit des écosystèmes entiers. Pour faire place aux plantations, des pans entiers de forêt sont rasés sans ménagement. Or, le palmier à huile appauvrit les sols : rien ou presque ne peut repousser sous son couvert. Ce n’est donc pas seulement une question de déforestation, mais bien un effondrement global de l’écosystème, où la faune et la flore disparaissent peu à peu.

J’avais vu des documentaires, lu des articles, entendu des témoignages. Mais rien ne m’avait préparé à voir cette réalité de mes propres yeux. Pendant plus de quatre heures de route, sur des dizaines et des dizaines de kilomètres, les palmiers à huile s’étendaient à perte de vue. Un paysage uniforme, presque oppressant, qui m’a profondément remué. Et comme si cela ne suffisait pas, nous avons croisé des bulldozers en train de raser des parcelles de forêt plantées d’hévéas, ces arbres dont on extrait le latex pour produire le caoutchouc. Là encore, des hectares entiers occupés par une seule espèce, alignée à l’infini, saignée quotidiennement pour récolter cette résine qui s’écoule dans de petits seaux noirs accrochés aux troncs. Un choc d’autant plus dur lorsqu’on sait que ces terres appartiennent en grande partie à des multinationales bien connues chez nous, comme Ferrero ou Goodyear.

Après plus de six heures de route et un véritable choc émotionnel, accentué aussi par la pauvreté omniprésente, nous sommes enfin arrivés à Bukit Lawang. Un petit village niché aux portes de la jungle de Gunung Leuser, point de départ des treks. Nous sommes arrivés tard en fin de journée et avons été accueillis par nos deux guides de la compagnie Sumatra Trekkers, Arim et Karran. Ils nous ont conduits directement à notre écolodge, où nous avons passé la nuit avant de débuter notre aventure. Un briefing clair, quelques consignes essentielles, puis direction le lit pour reprendre des forces.

Le lendemain matin, après un petit déjeuner aux aurores, nous voilà partis pour trois jours et deux nuits de trek en pleine jungle, à la recherche des orang-outans. Très vite, le contact avec nos guides s’est fait naturellement. Nous avons beaucoup discuté en marchant : de leur quotidien, de leur lien avec la jungle, de ce qui les avait poussés à devenir guides. Ces échanges ont rapidement créé une atmosphère de confiance et de simplicité. Et puis, à peine trente minutes après le départ, la magie a opéré. Notre premier orang-outan est apparu. Une magnifique femelle, se déplaçant d’arbre en arbre avec une agilité déconcertante, prenant parfois le temps de nous observer, presque curieuse de notre présence. Nous sommes restés là, silencieux, fascinés par la grâce de ses mouvements, à la fois puissants et d’une douceur incroyable.

Quelques heures plus tard, nous avons croisé un petit groupe de longtail macaques. De petits singes à la crête bien reconnaissable, très vifs, très joueurs. Les plus jeunes sautaient dans tous les sens, infatigables, nous offrant un spectacle aussi drôle que vivant. En fin d’après-midi, un autre moment fort : la rencontre avec une grande famille de pig-tailed macaques. Une vingtaine d’individus, dont de nombreux bébés, traversant notre chemin avec un calme déconcertant, comme si notre présence faisait déjà partie du décor.

Après cette première journée riche en émotions, nous avons rejoint notre premier campement pour la nuit. Un abri sommaire en bois, en bord de rivière : une bâche au sol, deux petits matelas d’à peine quelques centimètres d’épaisseur, une moustiquaire, un coussin et une couverture au passé douteux. Pour la première fois depuis le début du voyage, j’étais vraiment heureux d’avoir emporté mon sac de couchage. Après une douche rafraîchissante dans la rivière, un bon repas et une partie de Uno au coin du feu avec nos guides, nous avons rejoint nos “lits”. Et contre toute attente, j’ai passé une nuit exceptionnelle. Tellement bonne que ma montre Garmin m’a affiché un score de sommeil de 97, une première depuis plus d’un an.

Le deuxième jour de trek fut plus calme, rythmé par la marche et les discussions, jusqu’à ce que la chance nous sourie à nouveau en début d’après-midi. Un immense mâle alpha est apparu, suivi de près par une femelle. Ils sont passés à seulement deux mètres de nous, avant de disparaître dans les arbres. Nous avons patienté de longues minutes, et cela en valait la peine : la femelle est finalement revenue, s’approchant lentement, restant à proximité pendant une bonne dizaine de minutes, dans un silence presque sacré. Plus tard dans la soirée, à peine arrivés au second camp, une femelle accompagnée de son bébé est venue rôder autour de nous. Ils sont restés là une bonne demi-heure, attendant que nous baissions la garde pour tenter de nous voler quelques fruits, avant de repartir bredouilles.

Après une nouvelle soirée riche en échanges et en rires avec nos guides, le troisième jour est arrivé presque trop vite. Une matinée tranquille passée dans la rivière, puis il a fallu quitter le camp pour retourner au lodge… en rafting, installés dans de grosses bouées. Une descente joyeuse et pleine de rires, nos guides s’amusant comme des enfants. Une façon parfaite de conclure ces trois jours hors du temps.

Gunung Leuser nous a offert bien plus qu’un trek. Il nous a offert une immersion brute, intense, parfois bouleversante, mais profondément humaine. Trois jours magiques au cœur de la jungle de Sumatra, que je n’oublierai jamais.

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